Documents relatifs à la famille Colomb

1451 – 1902

 

Inventaire de la collection Boal

 

 

Ce texte constitue l’introduction de l’ouvrage de Richard L. Garner et Donald C. Henderson consacré à l’inventaire des archives de la famille Boal et publié en 1974 par la Pennsylvania State University.

 

On peut s’étonner de la manière dont une petite ville du centre de la Pennsylvanie est devenue le dépôt des papiers concernant la famille Colomb et ses alliés. Victoria Montalvo, veuve de Diego Santiago Colon, légua son héritage aux enfants de sa sœur. Or, une de ses nièces, Mathilde Denis de Lagarde, avait épousé un américain, Théodore Boal, originaire de Boalsburg en Pennsylvanie.

La famille Boal, émigrants en provenance d’Ecosse, et, selon la légende, originaire d’Espagne, s’était installée dans le Centre County de Pennsylvanie, avant la guerre révolutionnaire d’indépendance. Les générations successives ont atteint une situation éminente et accumulé une fortune obtenue par l’agriculture, l’exploitation d’une auberge et la spéculation foncière. Graduellement la famille s’étendit vers d’autres parties du pays, mais ils conservèrent la propriété familiale de Boalsburg. Théodore Boal, élevé dans le Colorado et à Rhode Island, étudia l’architecture à l’Ecole des Beaux Arts de Paris où il rencontra sa future épouse Mathilde Denis de Lagarde. Bien que leur résidence officielle fut à Washington D.C., ils remanièrent et agrandirent la maison de Boalsburg pour en faire une résidence estivale. C’est là qu’en 1919 Boal conçut et construisit une chapelle pour abriter les reliques religieuses et les documents familiaux dont sa femme avait hérité.

Le testament de Victoria Montalvo prévoyait une distribution à parts égales de l’héritage Colon-Montalvo, entre ses trois nièces, Mathilde, Cécile et Margot, et son neveu Antoine Denis de Lagarde. Le testament avait été rédigé par un notaire, E. Ruiz-Mantilla, qui devait ensuite entrer en conflit avec les héritiers. Victoria mourut en novembre 1908 ; le testament fut préparé pour homologation en mai 1909. Le contenu de la succession était composé d’argent liquide, de meubles, de biens meubles et immeubles, et de valeurs. La succession fut évaluée à 942295 pesetas, chaque héritier, après déduction des dépenses devant donc recevoir 235260 pesetas. La part de Mathilde Boal, sur la base du taux de change de 1910, devait atteindre entre 13000 et 14000 US$.

Deux aspects de ce testament appellent des commentaires. Au moment de sa mort Victoria possédait des biens évalués à moins de 40000 pesetas. Le montant en est significatif car l’essentiel de la fortune originelle de son époux était basé sur des propriétés terriennes dont il avait hérité ou qu’il avait acquises, principalement en Espagne du nord. Diego Santiago avait commencé à vendre ces biens durant ses dernières années, et Victoria avait poursuivi cette politique jusqu’à qu’il ne subsiste plus que la propriété de Llamas del Mouro dans les Asturies  et sa résidence de Madrid. Llamas del Mouro avec son vieux château avait été la résidence de la famille Sierra jusqu’au moment du mariage de Joseph Joaquin Colon avec Josefa de Sierra Sarria y Salcedo en 1780, et il continua d’être le siège de la famille sous les Colon, Joseph Joaquin, Diego Mariano et Diego Santiago. Il est probable, comme le pensent les propriétaires actuels des papiers de la famille Colon, que la chapelle de Llamas del Mouro, dont l’intérieur est maintenant à Boalsburg, fut désignée comme chapelle familiale en mémoire de Christophe Colomb ; cette supposition est raisonnable mais demande encore à être confirmée. De toute manière, Victoria, peut être conformément au désir de son mari, légua Llamas del Mouro à Cristobal Colon y de la Cerda, duc de Veragua, cousin de son mari disparu. Le duc, cependant, manquant à sa parole, vendit la propriété familiale à un marchand local dans les jours qui ont suivi la clôture du testament. Un voisin et ami de Victoria à Llamas del Mouro, demanda à Théodore Boal, alors activement impliqué dans l’arrangement, d’intervenir et, si possible, de prévenir la vente. Mais Boal, frustré par toute l’affaire, refusa d’intervenir. Néanmoins, l’intérieur de la chapelle et son contenu furent enlevés avant la vente du château et expédié à Madrid pour y être entreposés.

Tous les héritiers avaient espoir en un règlement rapide, particulièrement Théodore et Mathilde, qui étaient pressés de rentrer aux Etat Unis. Cependant les actes du notaire Ruiz-Mantilla chargé de l’homologation du testament, vinrent bientôt étouffer ces attentes. Son comportement est surprenant quand on se souvient du rôle qu’il avait joué dans la préparation du testament. Les relations entre les héritiers et le notaire étaient tendues depuis la mort de Victoria en 1908, et plusieurs documents,  gardés par la famille Boal, indiquent que Théodore, en tant que représentant des Héritiers, suspectait Ruiz-Mantilla de fraude et de vol. Boal se vit refuser l’accès aux opérations de l’inventaire des biens de Victoria. Quand il protesta en faisant remarquer que divers articles promis aux héritiers étaient absents, le notaire répliqua qu’il s’agissait de cadeaux qui lui avaient été faits par Victoria mais que les héritiers pouvaient lui racheter n’importe lequel de ces articles. Des pièces justificatives existantes montrent que plusieurs rachats ont ainsi été faits. A peu près au même moment, Ruiz-Mantilla se mit à demander des honoraires plus élevés que ce qui avait été convenu entre lui et Victoria, menaçant de retarder le règlement final si le paiement en était refusé. Bien qu’il disposa d’une lettre de Victoria attestant que tous les frais légaux avaient été payés, Théodore accepta afin d’éviter des délais supplémentaires. Quand Boal, représentant les autres héritiers, vint à Madrid durant l’été 1909 pour rencontrer Ruiz-Mantilla et régler la succession, le notaire refusa de le voir. Finalement, avec l’aide de l’Ambassade américaine, Boal obtint un document autorisant un règlement en accord avec le testament. Ruiz-Mantilla refusa de signer. Les bijoux, meubles, peintures et autres objets de la sussession furent distribués entre les héritiers ; cependant le règlement final fut différé jusqu’en 1912.

Théodore et Mathilde acceptèrent en biens propres au moins un septième de leur part de la succession de Victoria. A certains moments des évènements mentionnés plus haut, Ruiz-Mantilla avait préparé une liste qui reprenait les peintures, la vaisselle, les bijoux, les meubles, le contenu de la chapelle et les archives familiales pour une valeur totale de 13375 pesetas. Les articles ayant le plus de valeur étaient l’intérieur de la chapelle, pour 5000 pesetas, et un tableau de Rivera, intitulé « le sacrifice d’Isaac », actuellement dans la chapelle de Boalsburg, pour une valeur de 3000 pesetas. Les archives familiales furent évaluées à 200 pesetas, soit environ 10 US$ en 1910.

Sans preuve du contraire, on peut estimer que le règlement de 1912 s’est fait en conformité avec les spécifications du testament. Les biens personnels hérités par Théodore et Mathilde Boal restèrent en Europe pendant la Première Guerre Mondiale ; en 1919, ils furent acheminés vers Boalsburg où une chapelle fut construite pour y installer le mobilier intérieur provenant de Llamas del Mouro. Cette chapelle dédiée à la famille Colomb devint aussi le dépôt des archives familiales.

Le classement initial des documents de la collection était fait par famille, classement qui a été conservé lorsqu’il s’est agi d’en assurer le microfilmage. Pour aider le lecteur, cependant, quelques changements mineurs ont été faits dans l’arrangement des documents sur le microfilm. Le regroupement des onze familles est resté le même : Colon, Cabeza de Vaca Puga, Garcia de Sierra, Garcia de Villalpando Cortés y Reynoso, Ladron de Guevara, Montalvo y Vinader, Riva de Neyra, Salcedo y Arteaga, Sarria, (Viana) Tepa, et Zea. Il semble immédiatement évident à partir de l’association des divers noms que plus de onze familles sont concernées, les Colomb étant l’élément unificateur puisqu’ils ont hérité de toutes les autres familles. Les archives Colomb couvrent trois générations de Colomb, mais environ trois-quart des documents concernent Diego Santiago Colon. Les archives Tepa et Montalvo y Vinader furent ajoutées à la collection lors du mariage  de Diego Mariano Colon avec Maria Ruiz de Villafranca, veuve du comte de Tepa, et de celui de leur fils, Diego Santiago, avec Victoria Montalvo. Les autres archives entrèrent en possession de Joseph Joaquin Colon au moment de son mariage avec Josefa de Sierra Sarria y Salcedo.

Cette branche de la famille peut être resituée dans la longue histoire controversée de la famille Colomb, depuis le seizième siècle, par un bref examen de l’histoire familiale. Un arbre généalogique élaboré et ornementé, établi vers 1790 et actuellement dans la chapelle de Boalsburg, montre la lignée successorale depuis Christophe Colomb, son fils Diego et son petit-fils Luis Colon y Toledo, qui reçut le titre de Duc de Veragua. En absence d’héritiers mâles, le titre passa à Diego Colon y Pravia, fils du frère de Luis, Cristobal Colon y Toledo.

 A la mort de Diego Colon y Pravia, sans descendance, le titre revint à un autre neveu de Luis, Cristobal de Cardona y Colon, fils de sa sœur Maria Colon y Toledo de Cardona. Avec le décès de ce troisième duc de Veragua, sans enfant comme ses deux prédécesseurs, un conflit s’éleva à nouveau à propos du titre, que le tribunal attribua finalement à Jorge de Portugal y Colon, fils d’une autre sœur de Luis, Isabel Colon y Toledo de Portugal.

A travers de nombreux procès, la famille de Portugal défendit avec succès sa possession du titre de 1609 jusqu’en 1793, quand ils le perdirent au bénéfice de la branche descendant du frère de Luis, Cristobal Colon y Toledo. Un procès fut ouvert par l’arrière-arrière-petitfils de ce dernier, Diego Colon de Larreategui y Paz de la Serna, qui, en absence d’héritiers mâles, basa ses prétentions sur la lignée femelle. Un neveu, Pedro Colon de Larreategui y Ventura de Angulo, poursuivit le procès qui fut finalement gagné par son fils Mariano Colon de Larreategui. Ainsi, après presque deux cents ans de procès continu, le titre de Duc de Veragua fut à nouveau détenu par les descendants de Cristobal Colon y Toledo.

Les Colomb concernés par ces documents sont tous de la branche Larreategui. Joseph Joaquin Colon de Larreategui et Mariano, le duc de Veragua, étaient frères. Diego Mariano et Diego Santiago, fils et petit fils du premier, étaient tous deux connus comme Colon plutôt que Colon de Larreategui ; même Joseph Joaquin est fréquemment appelé simplement Colon ; comme si le nom de Larreategui avait intentionnellement été omis.

L’acquisition du titre de duc de Veragua fut une pierre marquante pour la famille Larreategui du 18ème siècle, qui compta parmi ses membres des hommes de loi, des juges, des ecclésiastiques et des écrivains. Plus important encore, l’influence et la prééminence de la famille à la Cour des Bourbons furent sans arrêt à la hausse. Pedro Colon de Larreategui y Ventura de Angulo, un juriste respecté, fut membre du Conseil de Castille et Conseiller du Roi. D’autres membres de la famille, dont Diego Mariano et Diego Santiago Colon, furent chevaliers de l’Ordre de Charles III, un signe positif de leur nouveau statut dans l’Espagne des Bourbons. Une recherche sur les Larreategui pourrait contribuer de manière significative à notre connaissance de la structure et du fonctionnement de la société espagnole au 18ème siècle.

On ne sait pas actuellement si les Larreategui des 17ème et 18ème siècles étaient propriétaires terriens, bien que les papiers familiaux indiquent clairement que Joseph Joaquin, par son mariage avec Josefa de Sierra Sarria y Salcedo, ait acquis des biens importants. Diego Mariano, propriétaire terrien par héritage, fut absorbé par sa carrière gouvernementale, tandis que Diego Santiago était vivement intéressé par la gestion et la rentabilité des terres. Une part importante des archives Colon comporte des comptes, rapports et lettres sur l’administration de ces biens dans plusieurs douzaines de communautés agricoles. Les documents se prêtent ainsi à une étude détaillée sur les modèles de propriétés, les politiques de location, les prix des terres, les ressources en capitaux et les changements des populations dans ces diverses zones rurales. Il devrait aussi être possible d’évaluer l’impact de l’instabilité politique du 19ème siècle sur l’économie agricole en général et sur la propriété rurale en particulier. L’essentiel des terres de Diego Santiago se situait dans les provinces du nord de l’Espagne, où les politiques foncières et de location étaient différentes de celles du sud. L’effet de tout changement  de politique durant le siècle pourrait être étudié et analysé grâce aux archives volumineuses et détaillées conservées par Diego Santiago.

En même temps qu’ils héritaient de terres, les Colomb acquirent également des obligations religieuses, certaines datant du milieu du 15ème siècle. Ces obligations provenaient des hypothèques établies par les propriétaires précédents des terres, en faveur de l’église, de manière à financer des chapellenies, des œuvres pieuses, et autres dotations religieuses. L’intérêt annuel de ces hypothèques était financé par tout revenu provenant des terres hypothéquées. Ces liens étaient transmis quand la propriété était vendue ou héritée, et ils ne pouvaient être annulés que sous certaines conditions et en suivant des procédures spécifiques. Diego Santiago Colon, concerné par le drain financier lié à ses obligations religieuses, avait établi un rapport qui montrait les intérêts payés chaque année, le coût d’une liquidation des hypothèques et le retour sur investissement si le capital investi dans les obligations religieuses était transféré vers des entreprises commerciales. Le fait qu’il ait liquidé ces charges suggère que, pour cet homme d’affaires et propriétaire foncier du 19ème siècle, les considérations économiques prévalaient sur les sentiments religieux.

Une dotation religieuse pouvait aussi apporter un revenu à la personne dont la propriété était hypothéquée pour la maintenir. Fréquemment un gestionnaire pouvait être appointé pour gérer une hypothèque et il devait toucher un traitement. Souvent cette pratique entraînait des disputes parmi les héritiers à propos des appointements du gérant. Même Diego Santiago était impliqué dans de telles querelles. En 1856, par exemple, il comparut devant un notaire pour témoigner sur ses droits à œuvrer comme gérant pour deux chapellenies fondées par Juan de Vaca dans Valverde Enriquez en 1591, un poste qui lui rapportait 24000 maravedis par an. Pour appuyer ses prétentions, il détailla la succession des chapellenies à partir de Juan de Vaca, à travers les familles Cabeza, Puga, Reynoso, Salcedo, Sierra et Colon.

D’après la grande quantité d’archives, l’administration de ses hypothèques religieuses a dû occuper une grande partie du temps et de l’attention de Diego Santiago. Bien que ses engagements aient été financièrement malsains et en définitive liquidés, il les avait vigoureusement défendus contre tout abus. La contradiction et la tension dans le comportement de Diego Santiago pourraient se révéler un sujet d’étude intéressant reflétant l’attitude changeante de la société espagnole contemporaine envers les obligations religieuses et l’Eglise en général.

Les majorats (« mayorazgos ») acquis par Joseph Joaquin Colon lors de son mariage avec Josefa de Sierra Sarria y Salcedo se montaient au nombre de huit : Cabeza de Vaca, Garcia de Sierra, Garcia de Villalpando Cortés y Reynoso, Ladron de Guevara, Riva de Neyra, Salcedo y Arteaga, et Zea. Les documents relatifs à ces majorats comprennent des actes de succession, des titres fonciers, des jugements et des archives religieuses, et ils devraient être  d’un intérêt tout particulier pour étudier l’histoire espagnole du 16ème au 18ème siècle. A travers eux, la vie familiale, même la vie des communautés, pourrait être étudiée en détail sur de nombreuses décades. Il est évident, à en juger par les combinaisons des noms, que ces majorats furent créés à travers des mariages, et d’habitude des mariages arrangés. Les documents accompagnant un mariage, lorsque des biens substantiels sont impliqués, peuvent être très utiles dans l’étude de l’histoire sociale et économique locale parce que ces documents contiennent souvent un décompte précis, pour chaque famille, de ses propriétés, investissements, revenus et engagements.

Les diverses archives de ces familles regorgent de litiges, les procès relatifs aux majorats (« mayorazgos ») en étant la cause principale. Dans un procès à propos du majorat d’Andrés de Sarria et Leonor de Vergara, le procès-verbal consiste en une compilation de plus d’un millier de pages de témoignage et d’une centaine d’arbres généalogiques. Andrés et Leonor n’avaient pas d’enfants et le litige éclata lors de la répartition de leur héritage. Ce qui est intéressant, dans ces documents, est qu’ils contiennent de brèves notices biographiques sur les nombreuses personnes qui furent impliquées dans le procès, directement ou non.

La plupart des membres de ces familles se consacraient à l’agriculture ; quelques uns étaient marchands ou commerçants ; un petit nombre avait choisi la vie monastique. Une étude de leurs activités professionnelles à travers leurs archives familiales devrait permettre un aperçu de la structure et de la fonction de l’économie espagnole au niveau local. Les problèmes spécifiques dignes d’une investigation à travers ces documents comprennent l’effet de l’expansion économique du 16ème siècle suivie par la dépression du 17ème siècle, sur les fortunes familiales et les communautés locales en Espagne, le rôle de l’Eglise et de la Couronne dans l’encouragement du développement économique local, et les raisons du succès ou de l’échec de ces familles dans la préservation de leurs fortunes. On ne doit pas cependant se laisser abuser par l’importance des aspects économiques ; les archives comprennent du matériel brut pour des études dans les domaines plus généraux de l’histoire sociale et religieuse.

Les archives Viana Tepa sont surtout relatives au procès prolongé entre les héritiers Viana et Colon à propos du majorat Tepa. Le problème concernait la participation continue de Petra Joaquina de Viana, sœur du second comte de Tepa, dans le majorat familial. Son frère, José Joaquin de Viana, fils aîné et héritier du titre , légua le majorat à son épouse, Maria Ruiz de Villafranca. Après la mort du comte, sa veuve épousa Diego Mariano Colon dont elle eut deux enfants, Maria del Rosario et Diego Santiago Colon, à qui, à son tour, elle légua le majorat Tepa. Nonobstant ces testaments, Petra Joaquina retint la part d’un neuvième que son frère lui avait accordée, et Diego Mariano la poursuivit en justice pour récupérer cette part pour ses propres enfants. Le fondateur de ce majorat fut le premier comte de Tepa, Francisco Leandro de Viana, père de José Joaquin et de Petra Joaquina.

C’était un juriste très respecté qui avait servi au Mexique et en Espagne. Pendant son séjour mexicain, il devint confident du vice-roi Antonio Bucareli et cette amitié fut certainement favorable à son acquisition de certains biens fonciers et de privilèges financiers, y compris le droit de vendre du pulque. Lors de son retour en Espagne, il acheta deux ou trois grandes propriétés rurales près de Séville sur lesquelles l’Eglise détenait des hypothèques. L’intérêt annuel de ces hypothèques permettait de financer plusieurs paroisses locales. Les héritiers firent défaut, ou peut-être refusèrent le paiement de l’intérêt et une partie des archives Tepa concerne la controverse qui suivit entre la famille et l’Eglise. Le plus gros des archives, cependant, concerne le conflit déjà mentionné entre Diego Mariano Colon et Petra Joaquina de Viana à propos des dispositions du majorat. Les archives ont le plus d’utilité pour la période 1800-1830 où plusieurs audits détaillés ont été menés sur les comptes Tepa dans le cadre du procès contre Petra Joaquina de Viana.

Les archives Montalvo y Vinader, les plus pauvrement organisées, devraient sans doute être les plus difficiles à exploiter. Elles contiennent des centaines de documents, ni numérotés ni décrits, relatifs à la répartition de la succession de Hermengildo Montalvo y Vinader. L’héritage n’était pas important, s montant à environ 3000 pesetas pour chaque héritier. D’autres documents consistent en relevés de comptes et rapports financiers à propos des possessions cubaines des parents de Victoria et Mathilde. Le reste des archives est une accumulation de papiers de famille et de mémoires  collectés par Victoria. La véritable valeur des archives Montalvo y Vinader ne pourra être évaluée qu’après une étude plus exhaustive.

 

Toutes ces archives constituent une collection riche et significative en vue d’une étude de l’histoire espagnole du 15ème au 19ème siècle. Elles s’intéressent au premier chef aux affaires personnelles, financières, religieuses et municipales de plusieurs douzaines de familles de propriétaires fonciers espagnols. Elles offrent ainsi une occasion majeure d’études soignées et détaillées de l’histoire espagnole locale et de la société de ce temps. De telles recherches pourraient nous aider à comprendre plus clairement et avec précision comment des personnes, des familles et des communautés purent être affectées ou influencées par les évènements qui, durant ce laps de temps, ont fait de l’Espagne, du pays le plus puissant d’Europe, une des plus faibles, la moins stable et la plus pauvre de ces nations. Un des buts de ce livre est d’encourager de telles études.(*)

On trouvera, dans les rubriques généalogiques de ce site, une généalogie complète de la famille Colon, telle que publiée en 2003 sur Internet. par Michael K. Smith et complétée, pour la partie concernant les descendants de Josef Joaquin Colon de Larreategui y Embrun, à partir des documents conservés par la famille Boal et répertoriés dans l'ouvrage en référence de Richard L. Garner et Donald C. Henderson.

 

 

(*)  Ouvrage de Richard L. Garner & Donald C. Henderson,  publié en 1974 aux Presses de l’Université de Pennsylvanie sous le titre:   “Columbus and Related Family Papers -1451 to 1902- An Inventory of the Boal Collection”.