NOTICE BIOGRAPHIQUE

Louise Jeanne Nicole Arnalde Denis de Keredern de Trobriand,
comtesse Dervieu du Villars,

dite " Fanny "

(1775 - ?1845)

 

Fille de François Marie 1er Denis de Keredern de Trobriand et de son épouse Anna Maria Teresa Massa y Leunda y Aristiguieta, proche parente de Simon Bolivar, Louise Jeanne Nicole Arnalde, née à Bréhat le 29 juin 1775, passa les premières années de la Révolution française au château de Penmarc'h, en St Frégant (Finistère), sous la protection de sa parente, la marquise de Penmarc’h, née de Kermel .

le château de  Penmarc'h à St Frégant 29260

Le château de Penmarc'h en St Frégant Lesneven (Finistère)

 

Elle vécut d’abord avec sa sœur Hilarie chez les Ursulines de Lesneven puis fut, à 14 ans, émancipée par son père pour qu’elle puisse épouser le chevalier Barthélémy Régis Dervieu du Villars, (1750-1835) . Le mariage eut lieu dans la chapelle du château de Penmarc’h, à St Frégant près de Lesneven (Finistère), le 8 février 1791. Installée à Oullins, près de Lyon dont son époux était maire puis, en février 1790, commandant général de la Garde Nationale, elle traversa avec Dervieu du Villars les remous de la Révolution, sauvant en particulier, dans des conditions rocambolesques, la vie de son époux, emprisonné et condamné à mort durant la répression de la rébellion lyonnaise contre la Convention. Le couple regagne Paris après Thermidor et Dervieu ayant pu, par la suite, récupérer ses biens, la jeune et séduisante Fanny se lance dans le tourbillon des fêtes dont la capitale était devenue le centre sous le Directoire et le Consulat. Elle y devient, en particulier, intime de Juliette Récamier et tient, dans son hôtel de la rue Basse-Saint-Pierre (rue supprimée en 1865 et actuellement incluse dans la rue de la Manutention), un salon très fréquenté. Dervieu du Villars, quant à lui, s’éloigne de la vie politique et reste la plupart du temps à l’écart de Paris, réfugié, à partir du 2 juillet 1794, à la campagne à Millery près de Lyon où il mourut le 21 décembre 1837.

 

Louise Jeanne Nicole Arnalde Denis de Keredern de Trobriand, épouse Dervieu du Villars.

Louise Jeanne Nicole Arnalde Denis de Keredern de Trobriand,
comtesse Dervieu du Villars

 

En 1802, Fanny est la maîtresse d’Eugène de Beauharnais dont elle a, selon toute vraisemblance, un fils, né le 2 février 1803, qui fut, sur ordre du Premier Consul, reconnu par Pierre Marie François Denis-Lagarde, journaliste rédacteur au Publiciste et défenseur au Conseil des Prises , la mère étant mentionnée, dans l’acte de naissance, sous le nom, transparent, de Louise Denis.

 

Eugène de Beauharnais (gravure de Gérard)

Eugène de Beauharnais

(Gravure de François Gérard)

 

En 1804, Fanny installeà l'Hôtel des Etrangers, au 2 de la rue Vivienne, son cousin Simon Bolivar en voyage en France après la mort de son épouse. Ils nouent, au cours de ce séjour, une relation d'amitié quasi amoureuse qui durera toute leur vie et se traduira par une abondante correspondance entre Fanny et Simon Bolivar (*). C’est d’ailleurs au cours de ce séjour à Paris qu’il sera introduit par Fanny dans les salons de Madame de Talleyrand, de Madame de Suard et de Madame d’Hadetot. Chez les Dervieu du Villars, il fera la connaissance, entre autres, du naturaliste Bonpland (il sera, de 1808 à 1814, intendant du domaine de La Malmaison), du savant baron Alexandre de Humboldt, d'Alexandre de Lameth, l'ancien Triumvir de 1791, de ses frères, Théodore et Charles de Lameth, qui s’étaient distingués durant la guerre d’indépendance américaine lors de la prise de Yorktown, du général C. Oudinot, de Pierre Denis-Lagarde et du jeune Eugène de Beauharnais qui sera nommé vice-roi d’Italie l’année suivante. On trouvera, en annexe, avec quelques lettres de Simon Bolivar à Fanny, le texte d'une conférence faite à Bogota, en 1930, par Teresa de la Parra et qui souligne, entre autres influences, celle qu'eût, sur la carrière de Bolivar, cette rencontre avec Fanny du Villars.

 

Pistolets de duel offerts par Fanny à Bolivar

Cet ensemble de pistolets de duel, fabriqués entre 1804 et 1806 par l'armurier préféré de Napoléon, Nicolas Noël Boutet (1761-1833), directeur de la Manufacture d'Armes de Versailles, fut offert par Fanny à Simon Bolivar. Ils ont été vendus aux enchères chez Christie's (New York) le 17 Novembre 2004 pour un montant de 1 687 500 US$.

 

Après la naissance, en 1806, de son troisième fils, Eugène, Fanny fait un voyage en Italie, à Venise en particulier, où elle entretient une liaison avec Denis-Lagarde, alors Commissaire Général de la Police de la Vénétie sous domination française. Cette liaison provoque la colère d’Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie, et il s’ensuit le rappel en France de Denis-Lagarde. Il semble qu’ensuite Fanny, après avoir été dame d’honneur de la princesse Caroline Murat, reine de Naples, ait repris la vie conjugale, son dernier fils légitime étant né en 1815. Entre temps, elle avait eu, en 1812, un autre enfant illégitime, de père présumé être également Eugène de Beauharnais, une fille nommée Louise Victoire qui sera par la suite adoptée par son oncle Jacques Pierre Romain " Santiago " Denis de Keredern de Trobriand. On ignore la date de la mort de Fanny, mais elle était encore vivante en 1843, année du décès de son neveu Anatole, fils de son frère Joseph Vincent.

 

Fanny et deux de ses fils : Auguste et Eugène Dervieu du Villars
Tableau de Matteoti peint à Venise en 1806 (Collection Baldou)

 

Fanny a donc eu au total cinq enfants, dont trois fils légitimes :

Auguste Dervieu du Villars, né en 1797, Capitaine de cavalerie.

Louis Pierre Marie Auguste Denis-Lagarde, fils biologique d’Eugène de Beauharnais, né à Paris 10ème le 2 Février 1803, époux de Marie Victoire Désirée d'Haussy, décédé à Paris vers 1873.

Eugène Dervieu du Villars, né en 1806, Maître des Requêtes au Conseil d'Etat.

Louise Victoire Denis de Keredern de Trobriand, née à Paris, le 9 novembre 1812, de père inconnu, la mère étant désignée sous le pseudonyme de Marie Louise Saguin. Cette enfant fut par la suite adoptée (décembre 1816) par son oncle, Jacques Pierre Romain Santiago et épousa, en 1842, son cousin Amand Fidèle Jean Baptiste Denis de Keredern de Trobriand. Les traditions de la famille de Trobriand attribuent également, mais sans preuve formelle, la paternité de Louise Victoire à Eugène de Beauharnais.

Charles Dervieu du Villars, né en 1815.

De Louis Pierre Marie Auguste Denis-Lagarde descendent la famille Baldou, par sa fille Caroline, épouse du docteur Eudore Baldou, et la famille américaine Boal-Lee, par sa petite-fille Mathilde, fille aînée de son fils Ludovic. Louise Victoire est l’aïeule de l’actuelle famille Denis de Keredern de Trobriand. On ne connaît pas de traces d’une éventuelle descendance des trois fils Dervieu du Villars.

 

(*) On connait de cette correspondance entre Fanny et Bolivar environ 400 lettres de Fanny et seulement 4 réponses de Bolivar , dont on trouvera la transcription plus loin. C'est ce déséquilibre qui a amené l'auteur colombien Manuel Jose Torres-Anjel, sous le nom de plume de T.Manning, à publier, sous forme de livre électronique à Libros en Red, une correspondance fictive entre les deux amants, oeuvre essentiellement tournée vers les réponses qu'aurait pu faire Bolivar aux lettres de Fanny ( Bolivar y Francisquita, la correspondancia que faltaba...Edit. Libros En Red, 2004, 160 pp.).