La branche américaine et la famille Boal

C'est par le mariage de Mathilde Dolorès Denis de Lagarde, petite-fille de Louis Marie Auguste Denis de Lagarde, avec un citoyen américain, Théodore Davis Boal, que s'est créée la branche américaine de la famille.

Le fils de Louis Marie Auguste, Ludovic Denis de Lagarde, ingénieur des Mines, avait été nommé attaché auprès de l'Ambassade de France de Madrid. Il y rencontra une jeune espagnole, Mathilde Ignacia de la Caridad de Montalvo y Rodrigues , et en tomba amoureux.

Les Montalvo étaient les descendants d’une famille d’explorateurs et de soldats. Un des ancêtres de Mathilde avait pris part à la conquête du Pérou et de l’Equateur, après l’expédition de Pizzaro au 16ème siècle. Ses descendants s’établirent à Cuba et Mathilde naquit à Cienfuegos, ville près de laquelle sa famille possédait d’importantes plantations de canne à sucre. Elle séjournait chez des parents à Madrid quand elle rencontra et épousa, le 12 août 1868, Ludovic Denis de Lagarde. Sa soeur aînée, Maria Victoria, avait épousé, vers 1852, don Diego Santiago NarcisoColon de Toledo y Ruiz de Villafranca, descendant par les femmes de Christophe Colomb, découvreur de l’Amérique, et héritier de la chapelle familiale, de ses reliques et des meubles de famille des Colon.

Mathilde Ignacia Montalvo, épouse Denis de Lagarde

 

Mathilde Denis de Lagarde, née Montalvo, eut huit enfants. L'aînée en était une fille prénommée Mathilde Dolorès (née en 1871, morte en 1952). Les Denis de Lagarde menaient une vie active à Paris mais l’épouse de Ludovic mourut, en 1889, alors que ses huit enfants étaient encore jeunes, si bien que sa fille Mathilde, en tant qu’aînée, prit très tôt la responsabilité du ménage. Elle était la compagne constante de son père et l’accompagna lors d’un voyage aux Etats Unis  pour rencontrer particulièrement un de ses cousins, Adolphe Denis de Keredern de Trobriand qui était Consul-Général de France à San Francisco. Tout naturellement, à leur retour à Paris, les Denis de Lagarde ouvrirent leurs portes à leurs amis américains.

Parmi ceux-ci figurait un jeune architecte étudiant aux Beaux Arts. Il s’agissait de Théodore Davis Boal, d'une famille hispano-irlandaise de Pennsylvanie, de retour depuis peu d’une année passée comme cow-boy dans le Far-West. Sa verve, sa gaieté et son intelligence, qualités qui ont marqué son caractère jusqu’à la fin de sa vie, impressionnèrent la jeune fille française. En dépit de la répugnance de son père de la voir le quitter pour un continent éloigné, Mathilde épousa le jeune architecte et revint avec lui dans sa maison familiale de Boalsburg. Avec elle arrivèrent de nombreux objets de famille des Denis de Trobriand et des Denis de Lagarde.

L'histoire de la famille Boal

Il n’existe pas de preuves irréfutables de l'origine des Boal mais, selon les traditions familiales, elle serait la suivante.

Dans une petite ville des Asturies, en Espagne, Boal, au temps où la reine Elizabeth 1ère régnait sur l’Angleterre, un membre de la gentry locale se trouva impliqué dans certaines difficultés, allant bien au delà d’une simple atteinte à la paix publique. Ne gardant que son épée et son cheval, il prit un départ précipité vers la côte voisine où il s’établit, prenant le nom de sa ville natale, et fonda une famille dont un membre, vers 1580, participa à l'expédition de l’Invincible Armada partant à la conquête de l’Angleterre. La mer ne leur fut pas favorable et Drake et l’Angleterre restèrent inexpugnables.

Le navire où était embarqué l’homme de Boal fit naufrage sur les rivages de l’Ecosse. Comme beaucoup d’autres espagnols, notre aventurier se réfugia à terre et y demeura, fondant une famille qui garda le nom de Boal, d’après son village d’origine. La famille migra ensuite vers l’Irlande du nord (Ballymena dans le comté d'Antrim) et, dans la dernière partie du 18ème siècle, un certain David Boal, émigra d’Irlande vers les colonies d’Amérique du Nord, accompagné de ses trois frères, John qui s'établit en Pennsylvanie dans l'Union County, William qui s'installa en Virginie, le troisième s'établissant dans le comté de Bedford en Pennsylvanie. David Boal choisit de s'installer dans ce qui devait devenir le Centre County de l'Etat de Pennsylvanie. Il prit part à la Guerre d’Indépendance comme capitaine dans la milice du Cumberland et, par la suite, s’établit dans cette région de Pennsylvanie, maintenant le « Centre County ». Là, vers 1789, il fit construire, sur un terrain qui lui avait été attribué en récompense de ses services durant la Guerre d'Indépendance, une petite maison de pierre, noyau initial de l'établissement actuel (ce qui reste de cette "cabin" abrite la cuisine de l'actuelle Boal Mansion). Il n'habita cependant jamais cette maison qui fut ensuite reprise, en 1798, par son fils.

 

Boalsburg (Pennsylvanie USA) en 1910

 

Ce fils, également nommé David (né à Ballymena en 1764, mort à Boalsburg en 1837), retourna en Irlande où il participa à l' insurrection contre les Anglais. Des revers l’obligèrent à fuir le pays. Sa femme, Nancy Young, et ses enfants, Georges et Elizabeth, purent prendre place sur un navire en partance pour l’Amérique, mais David, activement recherché, ne pouvait pas s'embarquer ouvertement. Pour éviter d’être capturé, il fut alors transporté à bord caché dans un grand coffre en bois dont la charnière avait été aménagée pour qu’il puisse respirer. Il n’en sortit qu’une fois le navire en sécurité, en pleine mer. Ce coffre est toujours dans la famille. Après son retour il construisit, en 1798, une importante extension de la maison de son père, et devint un notable local assurant en particulier, jusqu'à sa mort en mars 1837, les fonctions de Doyen de la communauté presbytérienne de Slab Cabin (actuellement Spring Creek). C'est là que sont nés ses deux autres enfants, Mary et John. En 1804 il construisit une taverne à l'est de sa maison à un carrefour de routes frontalières, sur la route menant de Lewisburg vers l'ouest. C'est là qu'à partir de 1809 s'est développée la ville de Springfield (ainsi baptisée en 1808 par son premier promoteur immobilier, un dénommé Andrew Stroup) qui, en 1820, devenue suffisamment importante pour justifier l'ouverture d'un bureau de poste, prit en son honneur le nom de Boalsburg qu'elle porte toujours.

 

Boalmansion à l'heure actuelle

La maison Boal dans son état actuel (Boalsburg PA USA)

le grand salon de Boal Mansion

Le grand salon de Boal Mansion

Le fils de David Boal, Georges (1796-1867) fit toute sa vie en Amérique et sa génération connut l'accession des citoyens ordinaires aux offices publics. Il fut ainsi Juge adjoint du Comté durant des années, membre de la Chambre des Représentants de Pennsylvanie et président de la Centre County Agricultural Association. A ce titre, il fut l'initiateur de la création de l'école supérieure d'agriculture qui devait devenir la Penn State University.

Georges Boal

Georges Boal (1796-1867)
(Collection Boal)

De ses enfants, John Boal fut capitaine dans les armées de l'Union et périt le 13 mars 1865 en Caroline du nord, pendant la fameuse marche du général Sherman vers la mer. Un second fils, David C. Boal, légiste, fut, comme son père, membre de la Chambre des Représentants de Pennsylvanie. Le troisième fils, George Jack Boal (1835-1895), partit vers l'ouest en Iowa et Colorado. Il y épousa Malvina Amanda Buttles et leur fils Théodore Davis Boal (1867-1938), né dans l'Iowa, fut élevé d'abord dans l'ouest, puis, après le départ, en 1874, de ses parents pour Denver (Colorado) chez son oncle, riche industriel, Théodore M. Davis, à Newport (Rhode Island). Ce dernier est, en particulier, bien connu dans les milieux de l'archéologie égyptienne pour avoir financé les premières fouilles de Howard Carter dans la Vallée des Rois. C'est d'ailleurs sur la concession qui lui avait été accordée que, après la forclusion de sa concession en 1912, Howard Carter et lord Carnarvon, son nouveau sponsor, découvrirent en 1922 la tombe de Toutankhamon.

Théodore Boal et son épouse Mathilde Denis de Lagarde

Théodore Boal et Mathilde Denis de Lagarde
(Collection Boal)

Théodore Davis (Terry) Boal, diplômé en architecture de l'Iowa State University en 1889, ouvrit de 1891 à 1894 un cabinet d'architecte à Denver (Colorado); il étudia ensuite l'architecture à Paris où il rencontra et épousa, en 1894, Mathilde Dolorès Denis de Lagarde (1871-1952). Après la mort du père de Théodore, ils s'installèrent à Boalsburg en 1898 et Terry transforma ce qui n'était encore qu'une ferme en l'actuelle propriété familiale, ajoutant une salle de bal et des communs en 1898 et en y important, après la Première Guerre Mondiale, le mobilier de la chapelle de Christophe Colomb, héritage de son épouse. Terry participa activement au développement de Boalsburg en étant à l'origine de la création des compagnies de distribution d'eau et d'électricité, du téléphone et des transports publics. Il créa, lors de la guerre du Mexique, puis en 1916, sa propre troupe de cavalerie et est à l'origine de ce qui deviendra, en 1968, le Pennsylvania Military Museum. Il mourut en 1938, en partie ruiné par la Grande Crise.

Pierre Boal et les archives familiales

Pierre Boal dans la bibliothèque de Boal Mansion

 

Pierre Boal durant la Grande Guerre

Pierre Boal en grand uniforme du 1er Cuirassier

Le fils de Terry, Pierre Boal (né le 29 septembre 1895 à Thonon les Bains, mort à Boalsburg en 1966), fut engagé volontaire durant la guerre de 1914 au 1er Régiment de Cuirassiers puis comme pilote dans l’escadrille Lafayette. Il termina la guerre comme capitaine, chevalier de la Légion d'Honneur et officier de liaison auprès des pilotes et observateurs américains détachés dans les escadrilles françaises. Il fit ensuite carrière aux Affaires Etrangères en Europe, au Canada et en Amérique Latine. Il fut chargé d'affaires US au Nicaragua en 1941-1942 et Ambassadeur des Etats Unis en Bolivie de 1942 à 1944. Il prit sa retraite en 1947. En 1952, de retour à Boalsburg, il décida d'ouvrir sa maison familiale et les collections au public. Il créa alors, sur une base non commerciale, le Boal Mansion Museum actuel.

Du mariage, en 1919, de Pierre Boal avec Jeanne Marie Bernard de Menthon (1898-1984), fille de Marie Ghislain Auguste Bernard de Menthon et de Marie Thérèse Anne Luglienne de La Bourdonnaye, sont nées deux filles : Mathilde, dite « Mimi », mariée à Blair Lee III (1916-1985), Gouverneur du Maryland en 1970, et Mary Elizabeth (née le 25 janvier 1939) qui a épousé le13 juin 1964, Gaston Jacques Marie Ghislain d’Harcourt (né le 8 avril 1933) et dont elle a eu trois enfants, Emmanuel (12/4/1965), Charles (24/5/1966) et Mathilde (9/5/1967). Le fils de Mathilde et Blair Lee, Christopher Lee (né en 1948), réside actuellement à Boal Mansion et est le conservateur du Boal Mansion Museum que son grand-père créa en 1952.

 

Christopher Lee

Christopher Lee

 

LA CHAPELLE DE LA FAMILLE COLOMB

 

Un des joyaux de Boalsburg, connu par toute l'Amérique, est la chapelle érigée en 1812 par Théodore Davis Boal pour abriter les reliques de Christophe Colomb héritées par sa femme de sa tante Doña Victoria Colomb.

Le fils et héritier de Christophe Colomb et de Felipa Moniz Perestrello, Diego, Amiral et Vice-Roi des Indes, fut mieux en cour que son père, bénéficiant de manière continue de la protection de Ferdinand et Isabelle. Il épousa Maria de Toledo, petite-fille du Duc d’Albe et nièce du roi d'Espagne. C'est à lui que revint la fortune que son père avait méritée. Une partie de l’or qui commença à couler depuis les Indes occidentales fut transformée en propriétés et en châteaux, les marques de la noblesse pour la famille Colomb. Un de ces châteaux était situé au nord de l’Espagne, dans les montagnes ventées des Asturies, limite extrême de l’invasion arabe. Au milieu de ces montagnes, les Maures avaient construit une tour ronde fortifiée, au lieu-dit « Llamas del Mouro ». Quand les Maures eurent été chassés, les espagnols ajoutèrent à cette structure fruste un important château de pierres, haut de deux étages, avec de hautes tours carrées à chaque angle. Construit autour d’une cour, le niveau inférieur du château, avec ses grandes portes et son sol de terre battue, servait à abriter cavaliers et voyageurs en voiture quand ils passaient de leurs montures ou de leurs voitures aux escaliers de pierre qui les menaient aux pièces de réception et aux appartements. Dans ses recoins se trouvaient des cuisines enfumées et des caves profondes, tandis que la tour mauresque servait de donjon. Ce chateau fut longtemps la résidence de la famille de Serria Sarria et passa dans la famille Colon lors du mariage de Joseph Joaquin Colon avec Josefa de Sierra Sarria y Salcedo en 1780.

Dans le château, comme il était d’usage, un lieu de dévotion avait été réservé. C’est là que reliques et objets de famille étaient conservés, ameublement et épées familiales au milieu des peintures religieuses et des statues, voués à la gloire de Dieu et des Saints Patrons qui avaient protégé les Colomb des dangers de la mer océane et du Nouveau Monde. On sculpta et dora du bois précieux, on travailla l’argent, et chaque génération ajouta quelque chose à tout ce qui avait déjà été conservé des époques et des voyages de Christophe et de son fils Diego : les petites statues peintes des saints, sculptées dans le bois et embellies d’yeux de verre, convenant aux minuscules chapelles des navires d’exploration ; les petites croix en bois peint qui pouvaient servir lors des processions ou être glissées sur une hampe de lance plantée sur les plages des îles conquises au nom du Roi ; l’écritoire de l’Amiral garnie de coquilles St Jacques dorées, emblème de Saint Jacques de Compostelle, un saint tout particulièrement révéré par Christophe Colomb. Un tel bureau pouvait être soigneusement verrouillé, avec sa grande clé, pour protéger les livres de bord du voyage ; transporté à terre ou d’un navire à un autre grâce à ses fortes poignées dorées ; ou bien, ouvert, il devenait une écritoire pour ces lettres qu’explorateurs et administrateurs envoyaient pour encourager et rassurer leurs protecteurs royaux.

 

la chapelle dédiée à Christophe Colomb construite en 1912

La chapelle dédiée à Christophe Colomb dans le parc de Boal Mansion

 

C'est une partie de ce trésor que, à sa mort, Doña Victoria Colombus Montalvo, veuve et sans enfants, légua à sa nièce Mathilde, en particulier la chapelle de la famille de Don Diego. Théodore Boal construisit alors, sur sa propriété, une chapelle en pierres et ramena d’Espagne à Boalsburg la porte d’entrée et le contenu intégral de la chapelle des Colomb, soit : de magnifiques panneaux de bois travaillé, la tribune du chœur (avec, sur la balustrade, un grand écusson de la famille Colomb dont les panneaux colorés montrent le château de Castille, le lion du Léon, les ancres de l’Amiral, les îles des Indes et les couleurs de l’Espagne frappées d’un aigle), le retable, l’autel drapé d’une magnifique nappe et de dentelles de lin d’Espagne, un crucifix en argent massif, des habits sacerdotaux de soie et de brocard (un manipule est vieux de plus de 500 ans), des peintures attribuées à Ribeira et Ambrosius Benson, entre autres, des Saints gravés à la main, des épées de famille.

intérieur de la chapelle et mobilier hérité de la famille Colomb

Intérieur de la chapelle dédiée à Christophe Colomb

 

Le trésor le plus précieux conservé dans cette chapelle est un fragment de la Vraie Croix, enchassé dans un reliquaire d'argent, et qui fut donné en 1817 aux frères Joachim et Felix Colomb par l'archevêque de Leon, Mgr Ignacio Ramon de Roda.

le reliquaire de la Vraie Croix

Le reliquaire de la Vraie Croix

On trouvera en annexe une description de la collection d'archives concernant les familles Colon et alliées, dont Mathilde Denis de Lagarde Boal avait hérité de sa tante Victoria, veuve de Diego Santiago Colon y Ruiz de Villafranca.