Je suis né à Alger le 22 Septembre 1934, au sein d’une famille de médecins (mes parents) et de hauts fonctionnaires des Postes (mes grands-parents maternels et paternels). Toute mon enfance s’est passée en Algérie, dans un pays qui m’a marqué profondément et auquel, en dépit des apparences, je suis resté viscéralement attaché.

J'ai fait toutes mes études dans les classes attachées, à l'époque, aux différents lycées d'Alger (on ne parlait pas alors de collège !). Mes classes primaires m'ont ainsi promené de l'Ecole "Milly" au Lycée Fromentin puis, après un passage, durant la guerre, à l'école Dordor, au lycée Emile-Félix Gauthier que j'ai fréquenté ensuite jusqu'en troisième. J'ai achevé mon cursus secondaire au lycée Bugeaud. Après ces études, classiques d'abord puis scientifiques, sanctionnées par un Baccalauréat de Mathématiques Elémentaires en 1952, et une première année de préparation AGRO au Lycée Bugeaud d'Alger, j'ai rejoint la Fume de Jussieu du Lycée Saint-Louis de Paris et intégré l'Institut National Agronomique en 1955. Durant toutes ces études, mon intérêt pour les Sciences Naturelles, issu d'une tradition familiale scientifique et médicale, est resté constant et s'est développé et a mûri sous l'impulsion de mes différents maîtres en ce domaine, en particulier l'Inspecteur Général Paniel et le professeur Georges Viennot Bourgin. C'est grâce à ce dernier que, durant mes années d’études agronomiques, j'ai fait connaissance avec la phytopathologie et le monde des champignons parasites. Ma vocation tropicale, sans doute remontée de mes attaches familiales avec l'Afrique du Nord et nourrie d’un certain romantisme, m'a alors entraîné vers l'ORSTOM (Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre Mer, actuellement IRD, Institut de Recherches pour le Développement)où j'ai été formé, les premières années, par les chercheurs enthousiastes qu'étaient Claude et Mireille Moreau, Jean Chevaugeon et Georges Merny, sans oublier mes collègues plus anciens de l'Office, parfois aujourd'hui disparus.

Après un premier séjour (1958-1959) en Côte d'Ivoire au Centre de Recherches d'Adiopodoumé, consacré à une étude sur la Rouille Américaine du Maïs, alors problème majeur en Afrique tropicale, et deux années de service militaire comme sous-lieutenant d'Artillerie sur les confins algéro-marocains (1959-1961), le professeur Léon Roger, responsable de la discipline à l'ORSTOM, m'a confié la responsabilité du laboratoire de phytopathologie du Centre ORSTOM de Nouméa, alors Institut Français d'Océanie, que j'ai rejoint avec ma famille, en avril 1962, après un voyage autour du monde à bord du cargo mixte "le  Calédonien ".

Durant les deux séjours passés en Nouvelle Calédonie, de 1962 à 1968, mon intérêt de phytopathologiste s'est porté, au laboratoire et sur le terrain, aussi bien sur les cultures vivrières des populations des îles du Pacifique austral (taros et ignames) que sur les cultures à vocation d'exportation telles que le café en Nouvelle Calédonie, le cocotier aux Nouvelles Hébrides ou la vanille en Polynésie française. J'ai également collaboré activement à l'action de formation et d'encadrement menée par la Commission du Pacifique Sud dans son aire de compétence. Cette activité a porté essentiellement sur les problèmes posés par l'harmonisation des législations phytosanitaires des différents pays de la zone Pacifique, en particulier ceux relevant de la législation française.

Mais la partie de mes activités qui, sur un plan plus personnel, m'a le plus apporté a concerné les études que j'ai menées sur la flore mycologique parasitaire des îles du Pacifique Sud, en particulier la Nouvelle Calédonie, ainsi que sur les associations mycorhiziennes des végétaux endémiques des terrains miniers du sud de la Nouvelle Calédonie (Podocarpus et Casuarina). J'ai entretenu également, durant cette période, des échanges suivis avec des spécialistes des groupes qui m'intéressaient, tant au Museum National d'Histoire Naturelle de Paris alors dirigé par le professeur Heim, qu'auprès du Commonwealth Mycological Institute de Kew. Ces études m'ont permis de reconnaître de nombreuses espèces de champignons parasites de la flore endémique néo-calédonienne, de définir un certain nombre de nouvelles espèces, en particulier chez les Rouilles et les Mélioles, de retrouver certaines des espèces décrites en son temps par Patouillard, et de mettre en évidence les caractères éminemment originaux des relations de symbiose mycorhizienne qui permettent à certaines plantes des maquis néo-calédoniens de survivre à la pauvreté, voire même à la toxicité, de leur substrat. En ont résulté plusieurs publications et, sur les problèmes de mycorhization, une thèse de doctorat soutenue devant la faculté des sciences de Rouen, le jury étant présidé par Monsieur le Professeur Boullard. Ces études qui pouvaient, à l'époque, passer pour très académiques, ont, depuis ce temps, trouvé leur justification dans la nécessité pratique d'assurer le repeuplement végétal des déblais miniers de Nouvelle Calédonie et, tout récemment encore, leur intérêt fondamental a été reconnu par le professeur Duhoux, spécialiste de la fixation symbiotique de l’azote au sein des complexes symbiotiques arbres-champignons. J'ai également eu le plaisir, au cours de cette période, de participer à plusieurs des excursions que le Professeur Roger Heim, directeur du Museum National d'Histoire Naturelle et mycologiste de renom, a pu mener en Nouvelle Calédonie durant les années soixante, en particulier celle qui, dans la forêt de la Rivière Bleue, nous a permis de découvrir un polypore curieux, et intéressant, le Meiorganum neocaledonicum.

A partir de l'année 1969, j'ai retrouvé l'Afrique tropicale, le Comité Technique de Phytopathologie et Entomologie Agricole de l'ORSTOM m'ayant en effet confié la responsabilité d'assurer, en succédant à mon ami André Ravisé, la direction et l'animation scientifique du laboratoire de phytopathologie du centre de recherches de Brazzaville (Congo). Ce laboratoire, à cette époque, concentrait ses efforts sur la biologie et la génétique des Phytophthora parasites des cultures tropicales, essentiellement P.palmivora sur Cacaoyer, P.parasitica sur Papayer et autres plantes, P.cinnamomi sur Avocatier. J'ai pris personnellement en charge les études sur les modalités de la reproduction de ces champignons, en particulier lors de leur phase saprophytique, et ai pu ainsi mettre en évidence, en collaboration avec les autres chercheurs du laboratoire, d'une part la nature fondamentalement diploïde du cycle de ces Pythiacées, d'autre part l'importance du rôle, qualitatif et quantitatif, joué par la lumière dans le déclenchement et la régulation de la reproduction tant sexuée qu'asexuée. Ces dernières études ont été menées, en partie, en collaboration avec M. Jacques, directeur de l'Illuminateur Spectral du Phytotron du CNRS de Gif-sur-Yvette. Durant ces années passées à Brazzaville, j'avais également accepté une charge d'enseignement auprès de la Faculté des Sciences de l'Université du Congo et intégré à cet effet l'équipe d'enseignement du professeur Pascal Lissouba.

L'action menée à la tête de l'équipe de recherches de Brazzaville a, en particulier, permis à cette équipe de s'intégrer à la communauté scientifique internationale, par le biais d'abord du groupe de travail sur les Phytophthora créé par le comité scientifique de l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine) et animé par le Dr Muller de l'IFCC, dont une des réunions les plus fructueuses, organisée par notre équipe de recherches, s'est tenue à Brazzaville en 1972, par une participation active ensuite à divers groupes de discussion européens ou à des réunions scientifiques à caractère international.

la famille Huguenin en 1974

La famille Huguenin en 1974

 

J'ai été amené, pour des raisons familiales, à quitter le Congo en 1975 et, après une fructueuse année passée à Orsay au Laboratoire de Cryptogamie du professeur Chevaugeon, année consacrée à un encadrement d'étudiants de DEA, j'ai rejoint, en 1976, le Centre ORSTOM d'Adiopodoumé (Côte d'Ivoire) pour y prendre la direction de l'équipe de recherches, succédant alors à Maurice Goujon qui avait regagné la Métropole. Parallèlement à la direction matérielle du laboratoire, j'ai intégré l'équipe de recherches alors en place et assuré, jusqu'en 1980, la coordination scientifique des études bio-écologiques et physiologiques menées sur les Colletotrichum agents d'anthracnoses d'une part, sur les Pourridiés de l'Hévéa de l'autre. Les résultats obtenus au cours de ces recherches menées par l'équipe tout entière, ont fait l'objet d'une importante valorisation, tant par des publications que par des participations à plusieurs Congrès internationaux. J'ai, en particulier, participé personnellement à l'organisation du Congrès International sur la Protection des Cultures Tropicales (Lyon 1981), prenant en charge l'organisation et l'animation de la session spéciale consacrée à la pathologie de l'Hévéa. Le comité d'organisation, par la voix de son Président, le professeur Chevaugeon, a ensuite reconnu l'excellence et le plein succès de cette session.

Rentré en France en 1980, après 18 années de séjour outre-mer, et affecté à la Direction Générale de l'ORSTOM, j'ai été appelé à participer au développement et au fonctionnement du Service de Programmation Scientifique qui venait d'être mis en place par le professeur Camus, Directeur Général de l'ORSTOM. Dans le cadre de ce service, j'ai pris en charge, sous la responsabilité de R.Fauck et J.P.Tonnier, l'ensemble du secteur des Sciences Biologiques et Agronomiques. J'ai pu ainsi me familiariser avec les problèmes de gestion administrative et scientifique de la recherche en me consacrant à la gestion des thèmes de recherche relevant des Comités Techniques de mon secteur de compétence. J'ai également participé étroitement à la conception de la nouvelle thématique scientifique de l'ORSTOM, ce qui m'a amené à prendre part, à titre de représentant de l'ORSTOM, à deux des colloques préparatoires au Colloque National sur la Recherche de 1981. J'ai, en particulier, été rapporteur du thème "Evolution de la pathologie végétale, en pays tropical, sous l'influence des modifications des systèmes de culture" du colloque sur les pathologies végétales et animales. L'ORSTOM m'avait également confié sa représentation auprès de diverses instances scientifiques, telles que le Conseil de Direction de l'ECOTROP (Laboratoire d'Ecologie Tropicale du CNRS), la Mission des Biotechnologies du Ministère de la Recherche et de l'Industrie, le Conseil d'administration de l'IRHO et certaines Commissions scientifiques du GERDAT. J'ai également, à cette époque, et sur recommandation de la DGRST, été retenu comme expert consultant par l'International Agricultural Development Service (IADS).

Après cette expérience de gestionnaire de la recherche, complétant celle acquise comme membre du Comité Technique de Phytopathologie et d'Entomologie Agricole à partir de 1973, l'ORSTOM m'a confié un certain nombre de responsabilités administratives et scientifiques. J'ai ainsi, successivement, été directeur du Centre ORSTOM de Lomé et représentant de l'institut au Togo et au Bénin, puis conseiller technique, en matière de gestion de la recherche, auprès du CNRST du Burkina Faso pour la gestion et l'organisation scientifique de l'INERA (Institut d'études et de recherches agricoles). J'ai surtout, en 1984, été élu pour 4 ans, par l’ensemble des ressortissants de la Commission Scientifique " Sciences du Monde Végétal ", à la Présidence de cette instance de l'ORSTOM et participé, de 1984 à 1994, à ce titre puis comme vice-Président de la Commission et membre élu du Conseil Scientifique de l'ORSTOM, à l'organisation et à la mise en oeuvre du nouvel organigramme de la recherche outre-mer issu des réformes intervenues en 1983. Bien que ces activités administratives m'aient éloigné de la recherche opérationnelle, j'ai cependant pu, durant les années passées au Togo, maintenir une activité de recherche, tant sur le terrain qu'au laboratoire, en m'intéressant, en collaboration avec un chercheur togolais et plusieurs stagiaires qui m'ont été confiés, aux phanérogames parasites du genre Striga, très présents sur les cultures céréalières vivrières de cette partie de l'Afrique tropicale. La liste complète des publications et communications que j'ai pu faire durant mes années d'activité peut être consultée sur le lien suivant : publications scientifiques de Bernard Huguenin

Rentré en France en 1994, après une carrière de plus de 30 années en pays tropical, j'ai pris ma retraite à Nantes auprès d’une partie de mes enfants et petits-enfants, à la porte de la Bretagne où, depuis des années, nous passons nos mois de vacances dans la maison familiale de mon épouse. Ces dernières années, nous avons également découvert les îles Baléares qui nous permettent, au printemps et à l’automne, de retrouver un climat plus doux et un milieu naturel qui nous rappelle, à s’y méprendre, celui de notre enfance en Afrique du Nord.

Au cours de toutes ces années de travail outre-mer, j’ai eu l’honneur, et la fierté, de recevoir un certain nombre de récompenses officielles qui, pour être qualifiées de " hochets ", n’en restent pas moins des témoins manifestes de l’accomplissement d’une carrière : Croix de la Valeur Militaire en 1960 et Croix du Combattant, chevalier du Mérite Agricole en 1978, chevalier dans l’Ordre National du Mérite en 1988.

 

Jacqueline Baldou, mon épouse

Jacqueline Baldou

 

Jacqueline Baldou, que j'ai épousée en 1956, a toujours été à mes côtés pour partager les bons moments de cette carrière et faire face aux problèmes que nous avons pu rencontrer. De notre union, sont nés quatre enfants, Stéphane, informaticien, Isabelle, docteur en médecine, Laurence, magistrat et Christine, chirurgien-dentiste.