Les diverses familles regroupées ici ont des origines très diverses, tant au plan social que géographique. Pour nombre d'entre elles, il est souvent difficile de remonter au delà du XIXème siècle, tant en raison du manque de documents d'état-civil avant leur généralisation qu'à cause de leur destruction pour des raisons diverses, parfois liées à l'histoire de France. Quoi qu'il en soit, en faisant appel à des sources très variées, il est possible de reconstituer, pour ces périodes obscures, sinon l'histoire véridique des familles, au moins un aperçu plausible et réaliste de cette histoire. On trouvera ci-après le résultat de ce travail qui, pour imparfait qu'il soit, permet de suivre les familles intéressées à travers plusieurs siècles d'histoire.

D'où viennent les Huguenin ?

La première mention connue d'un Huguenin en France remonte à l'année 1292 où le Census Parisiorum mentionne la présence à Paris d'un certain Huguenin le Bourguignon, l'épithète suggérant à l'évidence une origine franc-comtoise. On peut également retrouver trace, en Bourgogne, d'un certain Hughes Bourgogne, dit Huguenin, né en 1260, mort en 1288. Le patronyme Huguenin semble avoir été, à l'origine, utilisé comme prénom, sans doute diminutif de Hugues. Il trouve apparemment son origine sur les versants des monts du Jura où il est encore très bien représenté, en particulier en Suisse dans la région de Neuchâtel et de la Chaux-de-Fonds mais également du côté français. C'est d'ailleurs de ce versant français de la Franche-Comté que des familles Huguenin auraient émigré aux XIIIème puis au XVème siècles pour s'installer en Suisse, attirées par les franchises accordées par les seigneurs de Neuchâtel et de Valanger pour peupler et mettre en valeur la montagne.

En Suisse, une grande famille Huguenin est originaire du Locle, ville horlogère située dans le haut du canton de Neuchâtel. Le fondateur de la famille, Outhenyn chiez Heuguenin, était un franc-bourgeois vivant dans cette région à la fin du 15ème siècle. Entre les descendants du fondateur habitant encore en Suisse, ceux des familles immigrées aux Etats-Unis ou en Australie et ceux d'autres branches, on compte actuellement environ 8500 personnes pouvant se rattacher à cette origine et portant ce nom de Huguenin, soit simple, soit associé à un autre nom. Les porteurs du nom Huguenin sont également nombreux aux Etats-Unis et se retrouvent aussi en nombre assez important aux Pays-Bas.

En France, selon les données de l'INSEE, on peut estimer actuellement à 3613 personnes les porteurs du nom Huguenin, ce qui place ce patronyme au 2158ème rang du classement des noms portés en France. Le nom est surtout représenté dans l'est de la France, en particulier dans les régions Lorraine, Champagne-Ardennes, Bourgogne et Franche-Comté. Il a été cependant fort mal illustré, durant la Révolution Française, par le sieur Sulpice Huguenin, né en 1750, avocat à Nancy puis commis à l'octroi à Paris en 1789. Ayant pris une part active à la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, il fut ensuite un des membres les plus extrémistes de la Première Commune de Paris, fut très actif aux Tuileries pendant la journée du 20 juin 1792 et fut compromis, en particulier, dans le massacre des Suisses du 10 août 1792 puis dans les Massacres de Septembre. Nommé Président de la Commune de Paris à ses débuts, il fut ensuite chargé par le Conseil exécutif de plusieurs missions. Il rentra dans la vie privée en 1794. Il est mort, sans doute à Paris, en 1803.

Bien qu'il soit tentant d'établir une connexion entre "Huguenin" et "huguenot", cette connexion est peu vraisemblable puisque les origines du nom sont antérieures à 1550, date à laquelle apparaît cette dénomination des Calvinistes par les catholiques suisses du canton de Genève. Le nom est donc probablement un diminutif de Hughes, de Hug, vieux nom d'origine germanique signifiant "esprit" ou "pensée". On le trouve, en France et en Suisse, sous différents variantes : Hugounin, Hugounenq, Huguenet, Hugonin, Hugueny, souvent complétées d'un suffixe ou d'un préfixe (Petithuguenin, Huguenin-Virchaux,.....). Ces doubles patronymes sont typiques du canton de Neuchâtel en Suisse et de la région de Franche-Comté en France. 

Vers la fin du XIXème siècle, une branche parisienne de la famille Huguenin, par le mariage de Edouard Huguenin, fils de Bonaventure Alexis Huguenin, originaire de Champagne (Haute Marne et Aube), s'est alliée à la famille Drieu, originaire de la région de St Lô. Cette famille est de vieille souche normande, le porteur du nom le plus anciennement connu étant un certain Drieu Le Normand, né en 1045, et compagnon de Guillaume Le Conquérant en 1066, lors de la conquête de l'Angleterre. Il était encore vivant en 1086. La branche à laquelle il donnera naissance en Angleterre, issue de son fils Walter Drieu, verra son nom évoluer, au fil des années, en Drui (1200), Drury (1300) puis Drewry (après l'émigration en Amérique, en 1635 de Robert Drury).

Le nom de Drieu viendrait d'un terme du vieux français médiéval signifiant "gage d'amour". Les Drury furent une des plus importantes familles de l'Angleterre médiévale. Elle a comporté au moins 18 chevaliers, dont 5 furent shérifs du Norfolk et du Suffolk et 4 Chevaliers Comtes. Des membres de la famille Drury devinrent conseillers des rois d'Angleterre et comptèrent parmi les citoyens les plus riches du Royaume (cf. Histoire de la famille Drury).

Origines de la famille Revel

En l’an 1027, on trouve déjà mention, dans une donation consentie par la famille vicomtale de Nice au monastère de St Pons, "  du monastère et de l’église St Martin qui est sous le castrum qui a nom Rocheta au nord du fleuve Var, avec ses terres, champs et vignes ". A partir de cette date, le nom de Rocheta, puis de La Roquette, apparaît régulièrement dans les actes officiels du vicomté de Nice, dépendance du Comté de Provence.

On retrouve également régulièrement, dans tous ces actes, les noms des premiers habitants de La Roquette, les familles Raybaud, Raynaud, Bottin ou Verola, qui ont toutes des liens familiaux avec la famille Revel. La première mention reconnue de cette dernière famille remonte au XVII° siècle, dans la personne de Jean Revello dont un des fils, Pierre, né le 9 novembre 1656 à La Roquette, en fut sindaco en 1686, conjointement avec Antoine Mandine. Pour accéder à cette fonction, les membres de la communauté devaient être " habiles, capables, lettrés, et en bonne condition physique ". Le rôle du sindaco, dans le Comté niçois, était l’équivalent de celui des Consuls en Languedoc et Provence Orientale. Renouvelables par paire chaque année, ils président le Conseil Ordinaire de la Communauté, composé de huit Conseillers, en plus des deux sindaci. Le sindaco a la haute main sur le personnel communal qu’il nomme et contrôle, mais il est lui-même contrôlé par le Conseil et susceptible d’être révoqué à tout moment en cas de faute.

La Roquette sur Var (Alpes Maritimes)

La Roquette-sur-Var

A partir de cette période, la présence de la famille Revel à La Roquette est attestée en permanence jusqu’à nos jours, bien qu’elle ait apparemment abandonné toute activité de politique locale et n’ait, semble-t-il, pris aucune part aux événements qui ont suivi, dans les villages du Comté de Nice, la Révolution Française. On notera cependant la mention de la présence d’un Joseph Revel lors de l’assemblée communale chargée de désigner les représentants de La Roquette pour la convention qui devait décider de la réunion du Comté de Nice à la France (25 novembre 1792).

Mention est faite à nouveau de la famille Revel lorsque Jacques Revel (1758-1802), époux de Anne-Marie Baudoin, recensé présent à La Roquette en mai 1799 (prairial an VII), est marqué au rôle pour une imposition de 1 franc 19 centimes, ce qui ne le place pas parmi les familles riches de La Roquette.

Puis on trouve dans le recensement des âmes fait en février 1805, trois des enfants de Jacques Revel et d'Anne-Marie Baudoin, Antoine François, Claude Maurice et Jean Laurent, élevés, après la mort de leurs parents en 1802, respectivement par les familles alliées Baudoin Augustin, Giletta et Baudoin Honoré.

En 1827, le recensement fait par les autorités sardes fait mention à nouveau de trois frères Revel, Francesco, Pietro et Maurizio, sans autre mention d'autres familles Revel présentes à La Roquette.

Les origines de la famille Pagès

La présence des familles Pagès dans le Gévaudan, au pied des monts de la Margeride, est attestée depuis le XVII° siècle. La branche familiale est originaire de Rieutort-de-Randon, gros village situé à 18 km au nord de Mende à une altitude de 1140 mètres. C'est plus précisément au hameau du Moulhet, à 1200 mètres au pied du Signal de Randon (1550 mètres), que naquit, en 1797, Jean Baptiste Pagès, fils de Jean Pagès et de Anne Chamatou. Issus de son mariage avec Marie Boulet, survécurent au moins deux enfants, Rosalie et Jean Antoine, tous deux à l’origine des rameaux actuels de la famille Pagès. Le nom de Pagès, d'origine languedocienne, fait sans doute référence à un statut de paysan aisé fixé dans un village ou un bourg (du latin pagus).

Rieutort de Randon, berceau de la famille Pagès

Rieutort de Randon (Lozère)

 

Les membres de la famille Pagès présentaient deux caractéristiques bien marquées, la rutilance des chevelures et le caractère autoritaire et emporté, voire violent, des hommes. Ces deux caractéristiques leur avaient valu le sobriquet de " callore " (tête chaude en patois occitan). Le souvenir de ce caractère des hommes reste très vivant dans la famille, à travers celui de Jean Antoine Pagès (bon-papa) qui, ayant perdu une jambe à la bataille de Solférino (24 juin 1859), n’avait pas vu son caractère s’arranger du fait des souffrances que lui occasionnaient sa blessure et un pilon sans doute mal adapté. Bien des dos de ses filles et de ses petits-enfants ont gardé le souvenir de ses coups de canne.

Jean Antoine Pagès, né à Rieutort de Randon le 27 décembre 1836, et décédé à Mende le 24 juillet 1916, était fils de Jean Baptiste Pagès et de Marie Rose Boulet. Berger et illettré, il fait la guerre d'Italie avec l'armée impériale et l’histoire retiendra qu'il subit l’amputation de sa jambe dans la "Chiesa Maggiore"de Castiglione delle Stiviere, près de Padoue, église qui avait été transformée en hôpital, lors de la bataille sanglante (plus de 6000 morts et 40000 blessés sur 300000 soldats) qui vit à Solferino, le 24 juin 1859, s'affonter les armées autrichiennes de l’empereur François-Joseph et les armées françaises, alliées des Sardes, de l’empereur Napoléon III. C'est en visitant cette église, et en aidant les femmes du village à soigner, durant trois jours et trois nuits, les quelques 9000 blessés qui avaient pu se réfugier à Castiglione, que le suisse Henri Dunant eut, devant le spectacle de la douleur humaine, l’intuition de la création de l’œuvre de secours aux blessés de guerre qui devait devenir la Croix-Rouge (voir en annexe la description par Dunant de la bataille de Solférino).

la Chiesa Maggiore de Castiglione delle Stiviere

La "Chiesa Maggiore" de Castiglione delle Stiviere

Rentré au pays après Solférino, Jean Antoine Pagès apprend à lire et bénéficie alors d’un emploi réservé au service des Postes. Il est affecté à St Germain de Calberte et commence ainsi une carrière qu’il terminera comme Receveur des Postes à Anduze et Mende.

 

Jean Antoine Pagès "Bon Papa" Adèle Balmayer "Bonne Maman"

Jean Antoine Pagès & Marie Adèle Balmayer

 

Il avait épousé, à Mende le 8 janvier 1863, Marie Adèle Balmayer, née à Mende (Lozère) le 26 novembre 1842, décédée à Mende (Lozère) le 6 janvier 1924, fille de Antoine Bernard Balmayer et de Enimie Bonicel. La famille du grand-père de Marie Adèle, Jean Antoine Balmayer, né en 1781, avait sans doute son origine, comme nombre d'autres familles Balmayer (encore appellées Balmaguier, Balmayé ou Balmaié selon les époques), dans les villages de la vallée du Tarn, à la limite de l'Aveyron et de la Lozère, ou des Causses avoisinants, au nord-est de Millau, et les régions voisines de la Lozère ou du Gard. D'autres traditions les rattacheraient à des familles d'origine parisienne déportées dans ces régions sous l'Ancien Régime. Ce patronyme reste assez peu fréquent ( il se classe en effet au 73162ème rang sur un total de 675000 patronymes recensés en France) et, à la fin du XIXème siècle, était surtout présent dans trois terroirs autour de Mostuéjouls (Aveyron), Auxillac (Lozère) et St Jean du Gard (Gard). La signification du nom est controversée, mais pourrait peut être se rattacher à une racine germanique, signifiant alors "maître des loups".

Les origines de la famille Laquière

La famille Laquière (le nom viendrait du terme languedocien quer signifiant roche ou roc) est originaire de Pamiers (Ariège), où sa présence ancienne est attestée par la naissance, en 1625, d’un Laquière qui fut ensuite, en 1658, " Consul " de Pamiers . Il fut à nouveau Consul, lui ou un de ses parents, en 1665, 1670 et 1676, " tous étant bourgeois, commerçants et propriétaires. " Né en 1680 à Pamiers, Antoine Laquière s'installe en 1705 à Foix (Ariège) où il épouse Jeanne Séré. Un de ses trois enfants, le fils aîné, Volusien Laquière, né en 1713, épousa à Foix Marie Juvenel dont il eut un fils, Jean Baptiste Laquière, né le 3 janvier 1741, décédé en 1814, qui, de son mariage avec Françoise Beaufort, eut cinq enfants. Jean Baptiste Laquière fut également Consul de Foix et Conseiller du Roi. Son nom a été donné à une des rues de Foix.

le chateau des comtes de Foix

Dominant la ville, le château des Comtes de Foix

Des cinq enfants de Jean Baptiste Laquière, l’aîné, Jean Baptiste Dominique, né en 1763 et mort en 1837, eut également cinq enfants de son mariage avec Marguerite Borel. C’est un de ses fils, Théodore Zéphyrin, né à Foix en 1813, qui sera le fondateur de la branche algérienne de la famille.

Militaire, il a débarqué en effet à Alger le 5 mai 1836 avec le 24ème régiment d’Infanterie et gagné, durant la campagne en Afrique du Nord, tous ses grades et sa croix. Il fut également un des premiers officiers employés dans les bureaux des Affaires Arabes. Au début du Second Empire (au début des années 1850), il épousa Anne Lapasset, soeur du futur général Ferdinand Auguste Lapasset. En fin de carrière, il prit, à Alger, sa retraite de Capitaine de l’armée d’Afrique et mourut dans cette ville en 1901. De son mariage, il eut deux enfants dont un fils Emmanuel, né en 1855, mort à Alger en 1920, qui fit une carrière militaire brillante en Afrique du Nord et l’acheva avec le grade de général.

 

le Général Emmanuel Laquière

Le général Emmanuel Laquière

 

De la descendance du général Emmanuel Laquière, on retiendra Raymond Laquière, né en 1888 à Alger et mort en 1973. Homme politique, il fut maire de la ville de Saint Eugène, Président de l’Assemblée Algérienne et joua un rôle politique notable dans l'Algérie d'après-guerre. Son frère, Maurice, né en 1892 à Alger, mort en 1966 à Palma de Majorque (Iles Baléares), fut un avocat brillant, bâtonnier de l’Ordre des Avocats à Alger, et homme de lettres. Marié à Marie-Marguerite Koch, il eut trois enfants, une fille, Nelle, et deux fils Jean Maurice Emmanuel et Jacques (cf. fichiers généalogiques).

 

 

La famille de Maurice Laquière en 1938 à sa villa de La Madrague

(Nelle, Jean, Jacques et leurs parents)

 

La villa Laquière à La Madrague (Guyotville Algérie)