Les origines de la famille Baldou

C’est dans le Languedoc cévenol et la Provence que la famille Baldou semble prendre ses racines. On y trouve, en effet, au début du XIX° siècle, le premier membre connu de la famille, Antoine Maurice, né vers 1773, médecin à Sauve, petite ville du Gard, bien connue pour sa spécialité de fourches en bois de micocoulier et ses manufactures de bas de soie. Mais, d’après les responsables de l’état-civil de Sauve, le nom de Baldou ne serait pas originaire de cette région des Cévennes. D’ailleurs, après le décès de Antoine Maurice, en 1815, à Sauve, son épouse Marie Rosalie, née Baude, et ses deux fils, Marie Louis Anne et Marie Louis Eudore, nés à Sauve en 1810 et 1813 respectivement, ont quitté la ville, sans que l’on puisse savoir pour quelle destination, sans doute la famille de Marie Rosalie dans la région de Montpellier.

Quoi qu’il en soit, le nom de Baldou est un des plus rares de France, n’étant actuellement porté que par 17 personnes en France, ce qui le classe au 4789ème rang des patronymes français, ex æquo avec 316 autres noms sur un total national de 1 329 359 noms, classés en 4793 rangs. Il semble n’exister actuellement que cinq familles en France portant ce nom, dont une en Aquitaine et deux ou trois dans le Vaucluse et l’Hérault. C’est probablement là, dans la petite ville de Clermont l’Hérault, qu’il faut rechercher l’origine de la famille parmi les descendants du sieur Pierre Baldou qui, vers la fin du XVIIème siècle, y habitait avec son épouse Anne Couderc. Il est en effet vraisemblable que l’origine provençale, ou languedocienne, du nom doive être retenue, un faubourg de la ville de Cavaillon (Vaucluse) portant encore le nom de Saint Baldou., ce nom étant celui d’une ancienne maison forte des Templiers, le château Saint Baldou, encore appelé Saint Bal en 1255 ou Saint Bardoux en 1276 et 1322. Le nom même de Baldou pourrait provenir du germanique bald (audacieux) ou bard (géant). On retrouve d’ailleurs ce nom, avec la même orthographe, dans quelques familles prussiennes. En Silésie, en particulier, on trouvait, aux 13ème, 14ème et 15ème siècles, les noms de Baldewin (mentionné en 1245 et 1366), Balduwinus (mentionné en 1405) et Baldekinus (mentionné en 1310).

Après leur départ de Sauve, on perd la trace des fils Baldou et de leur mère pendant plus de quinze ans. C'est à Montpellier que l’on retrouve Marie Louis Eudore Baldou lorsque, le 23 juin 1838, il présente, devant la faculté de Médecine, son mémoire de thèse de Doctorat en Médecine. Les frères Baldou s'installent ensuite à Paris où, en 1850, Marie Louis Eudore, le cadet, épouse Caroline Marie Eugénie Denis de Lagarde. Le frère aîné, Marie Louis Anne, décèdera à Paris le 20 mars 1858.

Par ce mariage de Marie Louis Eudore Baldou, en 1850, avec Caroline Marie Eugénie Denis de Lagarde, la famille s’est alliée à la descendance d’une ancienne famille de la noblesse bretonne, les Denis de Keredern de Trobriand, illustre par les nombreux marins et militaires qui, au fil des temps, ont servi la France et souvent donné leur vie pour elle. Mais l’histoire familiale réserve d’autres surprises.

La Révolution avait amené des bouleversements considérables chez nombre de familles nobles. Puis, une fois éloigné le spectre de la guillotine, la vie ayant repris ses droits, le tourbillon de fêtes et de plaisirs du Directoire et du Consulat a entraîné nombre de ces rescapés des Carmes ou de la Conciergerie. Parmi eux, " Fanny " ou plutôt Louise Jeanne Nicole Arnalde Denis de Keredern de Trobriand, épouse du capitaine, futur maréchal de camp, Barthélémy Régis Dervieu du Villars, et rescapée, avec son époux, de la Terreur qui sévit à Lyon après la réduction de la ville par la Convention. Dans le sillage de la cour de la générale Bonaparte, Joséphine , elle fait la connaissance du jeune Eugène de Beauharnais, fils de la générale et alors colonel des chasseurs de la Garde Consulaire. Leur liaison se traduit, en 1803, par la naissance d’un garçon. Mais Louise avait déjà un fils, Auguste, né en 1797, et l’éloignement de son époux ne laissait guère de possibilités de lui faire endosser cette nouvelle paternité. Il fallait trouver une solution et c'est sur ordre du Premier Consul que l’enfant fut reconnu par Pierre Marie François Denis-Lagarde, journaliste et défenseur au Conseil des Prises, comme son fils, Louis Pierre Marie Auguste, né à Paris, d’une certaine Louise Denis le 2 février 1803. Bien entendu, cette filiation Beauharnais du jeune Louis reste conjoncturelle, aucune preuve autre que les traditions familiales et certains indices historiques ne pouvant venir la confirmer. Mais ces traditions sont restées vivaces, tant chez les Denis de Keredern de Trobriand que chez les descendants de Louis Denis-Lagarde.

Les origines de la famille Denis de Keredern de Trobriand

L'origine de la famille DENIS remonte à un soldat de fortune irlandais, Gilbertus Denys Miles, mercenaire des armées anglaises mises à la disposition de Jean de Montfort lors de la Guerre de Succession de Bretagne. Après la bataille d’Auray et le traité de Guérande signé le 12 avril 1365 qui décidait de la victoire des Montfort, confirmés Ducs de Bretagne, il s'établit, semble-t-il, dans la région de Morlaix. Il est mort en 1385.

Il eût un fils, Jean DENIS, qui, en 1415, était écuyer de Robert de Trémedern à Paris. Il semble ensuite avoir appartenu à l’hôtel du comte de Richemont, Arthur de Bretagne, frère du comte Jean V de Montfort "le Vaillant" (1340-1399, duc de Bretagne sous le nom de Jean IV). Arthur était également seigneur du Goëlo et fut compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, Connétable de France en 1425 après Bertrand du Guesclin et Olivier de Clisson et éphémère duc de Bretagne en 1457-1458 sous le nom d’Arthur III. Jean Denis fut armé chevalier en 1420 et le fils du Duc Jean IV, Pierre de Montfort, devenu Duc de Bretagne en 1399 sous le nom de Jean V, lui accorda ses lettres d'anoblissement comme Franc Chevalier en 1426. On le retrouve ensuite, en 1437, lors de la prestation de serment de fidélité des nobles du Goëlo.

Parmi les descendants de Jean DENIS, on trouve ensuite deux frères, Bizien DENIS (1460-1530) et son puîné Alain DENIS, origines respectives des rameaux DENIS et KERANNOS-COËTLOSQUER. Le fils de Bizien DENIS, Alain (1520- ?), fut confirmé en sa noblesse par le roi de France Charles IX après avoir, à ses frais, armé un bateau pour sauver, en 1573, le port de La Rochelle du blocus des armées anglaises (il eut également le droit d’appeler son bateau " le Sauveur de St Pol "). Il doit être considéré comme la véritable origine de la branche DENIS. On note en effet, dans la descendance de son union avec Catherine Coroller, deux fils : François DENIS, le fils cadet, écuyer, seigneur du Bois, auteur du rameau du Bois puis de Prathamon; une de ses descendantes épousa, en 1668, le vicomte Samuel de Sansay de Kériber, Chevalier de Saint-Louis, Chef d’escadre. Julien DENIS, le fils aîné ( ? -1660), épousa, en 1596, Anne de Morvan.

De ce dernier mariage est issu Guillaume DENIS (1598-1674), seigneur de Gorecquer-en-Ploujean, marié en 1656 à Claude de Gratz. Confirmé d’extraction noble le 20 septembre 1653, il se désiste de sa noblesse le 18 décembre 1668. Il est l’ancêtre des différents rameaux Trobriand issus de son fils Jean Elie 1er DENIS (1664-1725), seigneur de Trobriand-en-Plougaznou, dont l’extraction noble, après deux condamnations le 8 novembre 1695 et le 19 juillet 1703, a été rétablie par arrêt du Conseil du Roi le 9 mai 1715. De son premier mariage, en 1693, avec Fiacrette Le Lonze, sont issus, en particulier, Jean Etienne DENIS de TROBRIAND (1696-1731), seigneur du Cosquérou-de-Talargas, chef du nom et origine de la branche DENIS de TROBRIAND, et Jean Elie 2ème DENIS (1703-1775), seigneur de Keredern-de-Trobriand, origine de la branche DENIS de KEREDERN de TROBRIAND.

Les origines de la famille de Beauharnais

Les Beauharnais, originaires de Bretagne, se sont établis dans l’Orléanais à la fin du XIV° siècle sur la terre de La Ferté-Avrain, qui prit ensuite le nom, qu'elle porte toujours, de La Ferté-Beauharnais. Un de leurs ancêtres, Jean de Beauharnais, seigneur de Miramon et de La Chaussée, compagnon d’armes du comte de Dunois, fut cité en témoin au procès en réhabilitation de Jeanne d’Arc, en 1456. Sa femme, Pétronille, était la sœur de Jean de Goutes, un des écuyers d’honneur donnés à Jeanne par le Dauphin, au moment de marcher sur Orléans.

François V de Beauharnais, bisaïeul d’Alexandre de Beauharnais, eut quatorze enfants de son mariage, célébré le 14 septembre 1664, avec Marguerite Françoise Pyvart de Chastullé (fille de Jacques Pyvart du Chastullé et de Catherine Thierry), issue d’une famille solidement implantée à Saint-Domingue et à La Martinique. De ces enfants, ont survécu sept fils et trois filles.

Le grand-père de Joséphine de Beauharnais, épouse d'Alexandre et mère d'Eugène, Gaspard Joseph de Tascher de la Pagerie, né en 1705 et mort en 1767, noble d’épée, était issu d’une ancienne et honorable famille du Blésois et de l’Orléanais dont les origines remontent à Nicolas de Tascher, croisé en Palestine en 1157. Par l’épouse de Pierre Tascher, grand-père de Gaspard, ils sont aussi alliés à la famille du poète Ronsard . Il s’était installé en Martinique en 1726 après avoir quitté la châtellenie de la Pagerie, à Vievy le Ragé (Blésois), dont il avait cependant conservé le nom. A La Martinique, il avait épousé, le 16 avril 1734, Marie Françoise Bourdeau de la Chevalerie (1709-1787), descendante de Belain d’Esnambuc, conquérant de La Martinique en 1635.

Les origines de la famille Denis de Lagarde

La famille Denis de Lagarde vient d’une ancienne famille Denis, originaire du Goëlo, et que l'on retrouve citée dans de nombreux actes officiels anciens du comté. Kerviler (Biobibliographie bretonne Rennes 1899) leur attribue la fondation, en 1656, de la Collégiale de N.D. de Toutes Aides, en la Prénessaye. A cette époque, la famille est représentée par Pierre Denis, né vers 1650 à Pontrieux, et sera ensuite illustrée par deux de ses descendants, Pierre Denis du Porzou qui fut Sénéchal de la ville de Pontrieux et connut, sous la Révolution, des problèmes qui l’obligèrent à fuir sa ville natale et se réfugier à Tréguier, et son frère, Florentin Jacques qui avait, quant à lui, fixé ses pénates à Paimpol où il est à l’origine de la branche de Lagarde  de la famille Denis. Il était Procureur Fiscal de la ville de Paimpol, Receveur de Domaines du Roi et avocat au Parlement de Bretagne et joua, durant la Révolution, un rôle politique local non négligeable. Deux de ses fils ont connu la notoriété, bien que différemment.

 

le Repaire de Kerroch à Paimpol

L'hôtel particulier des Denis-Lagarde en 1792 à Paimpol
(actuellement occupé par l'Hôtel-Restaurant "Le Repaire de Kerroch")

 

Le fils aîné de Florentin, Pierre Marie François Denis de Lagarde, né à Paimpol (22) le 11 avril 1768, est décédé à Paris 10ème le 24 mars 1848. Après une carrière de journaliste et de haut fonctionnaire de l’Empire, il a épousé, vers 1808, Angélique Joséphine Orcelle (née en 1784). Il a ensuite, sous la Monarchie de Juillet, été membre du Conseil d’Etat. On lui connaît une fille, Angélique Denise, née en 1809, et un fils, né le 2 février 1803 d’une certaine Louise Denis, et reconnu par Pierre Denis de Lagarde, sur ordre du Premier Consul. On a déjà vu que cet enfant, Louis Pierre Marie Auguste, était, en fait, un fils adultérin de Louise Jeanne Nicole Arnalde " Fanny " Dervieu du Villars, née Denis de Keredern de Trobriand, son père présumé étant Eugène de Beauharnais, dont " Fanny " était, à l’époque, la maîtresse. C'est une des filles de Louis Pierre Marie Auguste et de son épouse Marie Victoire Désirée d'Haussy, Caroline Marie Eugénie, qui épousa en 1850 le docteur Eudore Baldou.

Le second fils de Florentin Jacques, René Joseph Marie Denis-Lagarde, né à Paimpol le 9 août 1769, décédé à Binic le 24 avril 1849, a épousé, le 25 novembre 1816 à Binic (22), Marie Le Pommelec (née en 1795 à Binic), fille d’un capitaine au cabotage, éventuellement corsaire. René Joseph, dont on trouvera plus loin une biographie complète, embarque au commerce à 12 ans. En 1792 il passe dans la marine de guerre comme Aspirant de 2ème classe. Il y fera toute sa carrière de marin et, nommé capitaine de vaisseau, il commandera en particulier, à partir de 1812, la frégate La Clorinde dont le dernier combat le rendit célèbre. Mis en demi-solde après les Cent Jours, il est mis à la retraite en 1820.